Prénoms, noms et surnoms



Jusque vers les années 1400, seuls des prénoms étaient utilisés pour identifier un individu. Naturellement la confusion régna rapidement. Ainsi, des métiers, des sites géographiques, des traits de caractères et physiques, des goûts, contribuent à démêler, par exemple, des Joseph: Boulanger, Meunier, Petit, Lebrun, Latulippe, Boucher, Lamontagne, Vallée, Legros, Cloutier, Couture, Bourg, Derouin (De Rouen)…voilà grossièrement l’origine des noms individuels, étendus par la suite aux familles.

De plus, pour diverses raisons, certaines familles optèrent ou pas pour un autre nom, soit le dit : Audet  ( Lapointe), Champagne( Lambert), Bonhomme (Dulac),Deblois ( Grégoire) Desjardins (Roy), Dupuis (Gilbert), Fecteau (Filteau,Feillaut), Gagné (Bellavance), Gagnon (Belzile), Houde (Desrochers), Lambert ( Champagne) Pilet (Jolicoeur), Pépin (Lachance), Dugrenier (Perron),  Pomerleau (Vachon),Provençal (Ysoire) Quévillion (Quirion), Squiret (Labbé), Vérieul (Veilleux), etc.

Naturellement, le sobriquet s’applique à un individu, tandis que le surnom généralise aux descendants de la famille. Aussi, les Poulin, au pays des Jarrets noirs, prennent les surnoms de Lazie (déformation d’Isaïe), Cotchon, Pourlou, Goril,  Balafe, Boudour (à bout de l’ours), Papir,  Zacharné,  Bedon, Bœuf blanc, Pierrette, Ti-guidine, Trol , Pappé, la masse (Tom et Arthur) …

Pour distinguer les grosses familles de la Beauce, un Bolduc peut être un Jos grillé (indien), une Veilleux, grillade, un Veilleux bobette ou la meule. Un Boulet élevé nu par ses parents devient un Doudoune, un Doyon Catcho, un Gagné gris (yeux), un Giroux (pape, castor, menin, patoche, bidou, titi, câlice), un Mathieu (siffleux, charlot, gorlot, jack poux, bébé, Jeanne, Talotte, Rus, Pacaud, Colas, Senon, Ton, Fiston, Chocolat, Dustin Bonhomme, Cartouche, le blanc), un Roy (Mazor pour Majorique), Vincent (mignon, car il se croit beau), Bernard (Got pour Godefroid), Thibaudeau dit Cadjien (Acadien, ti-clin ou Motté), Plante alias Cato, les Quirion Petchon, Rodrigue holélé, Roy et Veilleux dits Tomiche (Thomas, l’ancêtre), un Boucher dit la tonne, Rancourt (mystère, la météo).

Il est certain que l’émigration de familles beauceronnes vers les États-Unis amènera  des modifications aux noms de familles.  Dans les chantiers, les usines de la Nouvelle-Angleterre, l’anglicisation malmène. Par exemple, les Poulin (Pooler), Bélanger (Baker), Dubois (Wood), Roy (King), Côté (Side), Gervais (Jarvis), Rodrigue (Rodrick), etc.

La risée va jusqu’à parler de familles beauceronnes : souris d’étoffe, pissette électrique, fesses de tôle, trou jaune, pet de soie, le baveux, carotte (roux), la galette (trapu), la truite, Pit (aime les poules), Gilbert dit Forblette (arrivé des États, ce beauceron parlait déjà  le franglais : four  belettes).

Cette tradition se perpétue encore de nos jours dans certains coins de la Beauce. L’intonation, l’intention, le regard, le contexte, la familiarité feront  ignorer, rire, pleurer, grimper dans les rideaux.

André Garant


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