Dominique Doyon , père dominicain


Père Dominique Doyon

Né le 2 juillet 1902 au rang Bord-de-l’eau ouest de Saint-François-de-Beauce, Dominique Doyon (1902-1991) est le fils de Joseph Doyon à Sigefroid (Sifroy) (1864-1943) et de Joséphine Poulin à Joseph dit Jos à Gros (1870-1917). Il est le dixième enfant d’une famille de dix-sept. Madeleine Doyon (1912-1978), une de ses sœurs, est une ethnologue renommée. De 1963 à 1999, neveu du Père Doyon, Rosaire dit Éloy Roy (1936-), fils d’Adélard Roy et de Gertrude Doyon (1896-1988), devient prêtre des Missions Étrangères au Honduras, en Argentine et en Chine.

Le premier mai 1933, Dominique Doyon est ordonné prêtre dominicain à Ottawa. Son ministère se passe d’abord à Beauceville, ensuite en Abitibi. Le 10 octobre 1935, il devient vicaire au Japon : Koriyama, le 17 octobre 1936 à Kaméda et enfin curé à Ichinoséki de mai 1939 au 8 décembre 1941. La guerre est alors déclarée.

Le jour de l’assaut de Pearl Harbor, la police japonaise intercepte photos, livres et courrier…Ainsi, les étrangers étaient considérés comme des ennemis. Hommes, femmes, enfants, ministres protestants, missionnaires catholiques et professeurs de toutes nationalités, sont dirigés en garde à vue à un évêché catholique. À Sendai, les prisonniers prennent l’air une heure par jour. Les jeux aident à passer le temps : colin-maillard, sauts à la corde, bat-ball, À l’intérieur, on joue aux échecs et aux cartes. Les tours de magie, le jeu du roi de Perse, de la jambe de bois désennuient On organise même de petites pièces de théâtre, telles Le combat des taureaux espagnols. Une chorale de trente voix égaie les prisonniers.

Concernant la nourriture, la police japonaise confisque toutes les boites de conserve des étrangers. Sur cinq poules trouvées, deux seulement sont réservées à la soixantaine d’internés. En juin 1942, un premier bateau d’évacuation ramène des religieuses au Canada. Un deuxième navire devait ramener le reste des prisonniers en terre canadienne…il ne vint jamais! Entre temps, le 8 novembre 1942, une Ursuline décède au Japon : Sœur Sainte-Claire, Marguerite Angers (1889-1942), fille du notaire beaucevillois, Philippe Angers. C’est alors que le Père Dominique Doyon peut échanger avec une native de Saint-Joseph-de-Beauce, Mère Saint-Eustache, fille de Thomas Doyon.

Au début de la deuxième année d’internement, les Religieuses et quelques demoiselles anglaises sont séparées du groupe. Le  Père Doyon et ses compagnons d’infortune prennent la direction du camp d’Ourawa, aux environs de Tokyo. De petites quantités de riz soutiennent très peu. Les prisonniers comprennent des Franciscains canadiens, des Jésuites belges, des laïcs de toutes religions et de toutes nationalités.

Le froid devient intenable. On se réchauffe quelque peu en se regroupant au-dessus d’un maigre feu de charbon. On se terre sous les couvertures de lit. Mains nues pour célébrer la messe, les engelures ne tardent pas.

Quatre fois par jour, le tenko est cet appel de la police nipponne pour le décompte des prisonniers. Pas de retard sinon une punition suit!! La faim tenaille encore et encore. Le matin, une demie assiette de riz mal cuit, mêlé à de l’orge…les autres repas : des feuilles à moitié bouillies. La grosse faim! Certains internés fouillent les déchets. Comme l’eau claire est rare, le thé est de piètre qualité. Comme on rationne des boites de nourriture de la Croix Rouge, elles se gâtent souvent. Comme les marronniers étaient nombreux, on les épluche rapidement pour en fumer les feuilles…De plus, les punaises, les puces, les maringouins rendent le rare sommeil agité.

Les journées sont monotones. On espère même le bruit des canons, signe possible d’une fin de guerre? Bientôt les avions américains B-29 sillonnent le ciel du Japon. Cachés au sous-terrain, le Père Doyon et ses compagnons voient souvent la terre débouler dans leurs abris. Au sifflement des bombes, la peur tenaille. Véritable enfer, Tokyo, Yokohama brûlent. Parfois, le tonnerre, un tremblement de terre et des bombardements rendent  fous d’inquiétude!

La guerre se termine par la bombe atomique…heureusement loin du camp où Dominique Doyon se trouve. Peu après, des avions américains larguent du cacao, du sucre, de la viande et du linge. Après tant de privations, comment faire pour ne pas se rendre malades? Ventres collés aux reins, les rescapés des camps japonais ressemblent à des squelettes.

Maintenant âgé de 43 ans, Dominique Doyon, revient en liberté. Un bateau croiseur, en rade dans la baie de Tokyo, accueille le Beaucevillois et ses compagnons. Un délicieux souper leur est servi. Le lendemain matin, le navire-hôpital Le Benvenuto les reçoit et leur prodigue des soins. Le 8 septembre 1945, le Père Doyon quitte le Japon à bord du bateau américain l’Ozark.

Au cours de cette Seconde Guerre mondiale, pilote de l’Aviation Royale Canadienne, Fernand Rancourt (1917-1991) à Georges à Joseph, coule, entre autres,  un navire allemand au large de la Mer du Nord; le 30 mars 1944, il descend un avion allemand. Beaucevillois d’adoption, Fernand Rancourt est récipiendaire de la Médaille D.F.C. ou Distinguished Flying Cross. On se rappelle aussi du député de Beauce (et ministre des Postes sous Laurier), le Dr Henri-Sévérin Béland (1869-1935); médecin en Belgique pendant la 1re Guerre mondiale, de juin 1915 à mai 1918, Béland est fait prisonnier à Berlin par les Allemands. Toujours captif, le Dr Béland est réélu député par acclamation, malgré son absence. En 1918, il est libéré en échange de l’Allemand Bulow.

Enfin, retiré en 1953 à la Maison dominicaine de Lewiston, Maine, féru d’histoire, le Père Dominique Doyon continue d’écrire ses souvenirs et de compiler sa petite histoire familiale et paroissiale. Le Journal L’Unité de Lewiston publie certaines de ses recherches : Les trois débâcles en Beauce en 1917La fabrication  de la potasse au Canada et spécialement à Saint-François-de-Beauce, Mémoires d’un prisonnier de guerre au Japon 1941-1945 (aussi publié en 1950 chez Fides). En 1978, à Beauceville, le Père Dominique publie  Histoire et généalogie de la famille Doyon, 256 pages. Il a aussi à son compte La famille Doyon, Édition de la Ferme O.P., 264 pages.

Dominique Doyon décède à Lewiston, Maine, le 23 juillet 1991. Ses funérailles sont célébrées le 17 juillet 1991, à St-Pierre et St-Paul, à Lewiston. Le Père Doyon est inhumé à Saint-Hyacinthe, au Québec.

Synthèse du texte original par André Garant

Sources :

Dominique Doyon, O.P., Journal l’Unité, volume 5 no 5, mai 1981 et volume 5 no 6, juin 1981, Lewiston, Maine

André Garant, Beauceville au temps jadis, partie historique de Saint-François-de-Beauce, je me souviens, 1835-1985, pages 315-322 : Dominique Doyon, Mémoires d’un prisonnier de guerre au Japon 1941-1945.

 



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