Tarragoneville




À Saint-François-de-Beauce, en 1837, Dominique Hamel de Sherbrooke épouse Henriette Morency à Jacques. En 1848, il semble bâtir l’Hôtel connu sous le nom de (Alfred) Lambert, devenu l’Hôtellerie de Beau-Rivage. En 1850, son beau-frère Louis Barbeau se construit un hôtel près de l’église.

En 1856, toujours à Saint-François, Olympe Hamel à Dominique marie Bénoni Fortin. Le 2 mars 1896, veuve Olympe Hamel-Fortin obtient son certificat d’hôtel de tempérance. La prohibition municipale aura cours du 1er mars 1896 au 30 avril 1897. En 1895-1896, les séances du conseil se déroulent près de l’église, à la salle publique, chauffée pour la circonstance. En 1897, le conseil municipal siège au Bureau d’enregistrement, alors attenant à l’Hôtel Lambert (coin 107e rue et Boulevard Renault). Souvenirs des hôtels Bouchard-Berberi et autres. odeurs d’alcool et volutes de fumée.

De 1870 à 1884, les chercheurs d’or de Saint-François-de-Beauce récoltent en abondance. Ainsi, des infrastructures sont mises en place pour recevoir tous ces prospecteurs qui affluent sur le grand Saint-François. On investit donc dans des débits de boisson. Sur le versant sud-ouest des Rapides du Diable, une barbotte ou petit casino y aurait été tenu clandestinement. En 1834, sur la seigneurie Rigaud-Vauudreuil dite de Saint-François, Clothilde Gilbert trouve sa pépite d’or et déclenche la première épopée aurifère au Canada.

Jadis, le curé de Saint-Georges se plaint que ses ouailles vont se saouler à Beauceville :

«_ Quand est-ce que tu vas fermer ta soue vocifère le pasteur georgien.

«_ Commence par garder tes cochons ironise le curé Lambert !

Avec conviction, les curés exhortent leurs ouailles à invoquer les croix noires de tempérance. Saint-François est surnommé Tarragoneville, car le vin très sucré (sacré?) Tarragone y coulerait à flot ! Le Taragona espagnol y est très prisé. En 1899, au pays du vin Tarragone, le charretier de Saint-Georges Jos Robitaille enfreint la loi des licences alcooliques…commerce clandestin? La même année, Charles Grondin est postillon et charretier de Saint-François à Saint-Georges. Contrebande?

À cette époque, le gin semble guérir tous les maux, les vins européens sont presque tolérés, la bière est très populaire auprès des joueurs de cartes. Il est mieux vu de consommer des spiritueux de St-Pierre et Miquelon. En 1897, Félix Haerens (et son frère Daniel), un chimiste français, séjourne à Saint-François…en vue d’y établir une distillerie pour extraire l’alcool du sucre d’érable. Haerens (1873-1949) se fait bâtir une chocolaterie devenue le Manoir Chapdelaine.

Aussi, de 1900 à 1920, avec ses dérogations diverses, la période de prohibition du Québec stagne. En 1921, le Provincial vote la Commission des Liqueurs; le gouvernement du Québec s’assure, croit-on, le contrôle exclusif de la vente des spiritueux et les revenus qui vont de pair. Toujours en 1921, quatre hommes armés de Saint-Frédéric sont pourchassés jusqu’à la frontière américaine : grosse saisie de liqueurs, titre le journal L’Action Catholique. Époque trouble.

Qu’à cela ne tienne, pourquoi ne pas devenir la première localité en Beauce à obtenir son statut urbain? La loi des cités et villes de 1903 donnerait le droit aux nouvelles villes de se soustraire aux restrictions des villages de l’ancien code municipal. En obtenant son statut de ville en 1904, Beauceville pouvait d’ors et déjà légiférer plus librement sur la vente de la boisson alcoolique sur son territoire. De 1904 à 1948, Beauceville sera la seule ville en Beauce…et aussi la métropole de la Beauce pendant plusieurs années. Ce semblant de monopole de la boisson donne un petit goût de revenez-y à Tarragoneville ! Assurément, devenir ville soustrait la municipalité au contrôle de l’alcool du conseil de comté.

Enfin, jadis, un événement historique est venu galvaniser la réputation de Tarragoneville :

En 1830, Thomas Woodrouffe Barley (1810-1874) et son épouse émigrent de Bristol Angleterre avec leur jeune fils George Bartley (1826-1915). Époux de Hessey Armstrong, George Bartley est reconnu coupable, à l’été 1877, de vente illégale de boisson dans son petit hôtel de Linière. Comme il n’a pas les 99.70$ d’amende et de frais, il est condamné à la prison.

Bartley joue à cache-cache dans les bois, les policiers aux trousses…tant et si bien qu’on le soupçonnera fortement du meurtre d’un de ses poursuivants, l’agent Lazare Doré du quartier Saint-Roch de Québec. Aussi, à Saint-François-de-Beauce dit Tarragoneville, des détectives arrêtent un fils de Bartley et un certain Sherman Loaks; ce dernier aurait tiré sur un policier. En décembre 1877, George Bartley est arrêté à deux cents milles de Chicago, à Buda Illinois.

En 1878, après emprisonnement à Saint-Joseph-de-Beauce, faute de preuves concluantes, George Bartley sera innocenté lors de son procès, devant le juge Thomas Mc Cord. Près de dix ans plus tard, dans une affaire de meurtre, le cowboy, supposé hors-la-loi de Whitton, près de Lac Mégantic, Donald Morisson, fera la manchette d’un bout à l’autre du Canada : il fut inhumé en 1894 au cimetière presbytérien de Gisla près de Milan. Le temps des out-law.

Hessey Armstrong décède le 27 avril 1882, à l’âge de 36 ans. Elle est inhumée au Marlow Cemetery d’Armstrong. En 1884, en secondes noces, Bartley épousera, à Frampton, une veuve de Saint-Martin, Philomène Pilote, fille de Pierre.

Prendre un verre de bière, mon minou

Prendre un verre de bière, right througt…

André Garant, historien

(Pour plus de détails : Beauceville, 1re Ville en Beauce, 1904-2004, pp. 38-45 (Fioles, flacons et Tarragone, André Garant).

À Tarragoneville, en automne 1908, le journal L’Éclaireur de Beauceville publie  un court article intitulé Le véritable vin des dieux. On y rappelle l’histoire grecque, le Moyen Âge, Henri IV et François 1er. Enfin, le journaliste donne la recette de fabrication du vin du romancier Alexandre Dumas :

Prenez une quantité égale de pommes de reinettes et de citrons, coupez-les en rondelles minces, sans les peler, en formant un lit de pommes et de citrons entre lesquels vous disposez du sucre en poudre. Laissez humecter de deux à trois heures. Couvrir de bon vin. Laissez tremper de quatre à cinq heures. Passer le tout au filtre-papier.

Paraît-il que ce vin est un précieux remède contre les digestions difficiles!

André Garant

Source de l'étiquette Taragone:Graphisca


 

 

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