Le Cyclorama de Drouin

                    





Une toile s’étire en rotonde sur trois dimensions de 125 pieds par 16 de hauteurLe temps, ce raconteur d’histoires…À Beauceville, quand la ligue du vieux poêle se rencontre, c’est inévitable la barre du jour s’étire, se lève. La noirceur s’estompe :

« As-tu déjà entendu parler de l’artiste-peintre Rolland Drouin  à  Joseph (1912-1988), né à Saint-Joseph-de-Beauce ? Il maria Itha Grenier (1915-2005) à Arthur de Beauceville et de Claire-Ida Lachance (1888-1985) à Joseph, bijoutier. Cette dame Lachance, sœur d’Oram  et de Marius (champion joueur de scie dite égouine), avait appris le piano d’une religieuse de Jésus-Marie, S.Ste-Agnès. Très douée en piano, le Capitole de Québec faisait affaire au talent d’Ida pour accompagner la cantatrice européenne, Génévale Mercier. Comme sa mère, madame Drouin  a formé elle aussi beaucoup de pianistes beaucevillois.

Le 9 mars 1953,  les Drouin  déménagent de Beauceville  à Sainte-Foy. Rolland y  décède en 1988. Il a décoré les premiers emballages des gâteaux Vachon, fabriqué des bannières, des drapeaux et draperies d’églises, des scènes de théâtre. Il fit des décorations de villes, des murales et dessins de commerces. Drouin,  un vrai artiste, car il a gagné toute sa vie avec la peinture, même dans la grande crise de 1930.»

Réveiller le passé endormi, c’est comme le procédé photographique de la nette définition du négatif … L’attisée est mise, les mémoires se réchauffent, les langues se délient. Les yeux égarouillés, les casquettes reculées, le mâche-patates se fait aller à nouveau :

« Il tient aussi un atelier de peinture  et une boutique d’artiste à Place Laurier. Il  fut très prolifique. Ses tableaux se retrouvent  aux États-Unis, au Japon, en U.R.S.S., partout au Canada …Il paraît que sa toile de 25 pieds de hauteur des Sœurs Cloîtrées de Sainte-Anne était à voir. Sa collection de 16 grands tableaux Le bon vieux temps dans la Beauce, propriété d’Hervé Pomerleau, possède une touche spéciale .


        Fonds: Collection Héritage Chaudière-Etchemin

Collection Pat Tremblay, famille Roland Drouin. 
 



Restaurant l'Étoile Rouge où était situé le Cyclorama à Beauceville.
Photo: Gaétane Boucher

Mais ce qui frappa la Beauce et les touristes, ça beaucoup été sa fameuse bâtisse du Cyclorama de Beauceville, en opération  du dimanche 30 juin 1949 à 1952. Il tenait commerce à la sortie nord-est du Boulevard Renault, vers Dominique Poulin et de l’ex-Camping Ground. Ce Panorama de Québec a coûté deux ans d’efforts à M.Drouin.
 

La ville de Québec vue de Lévis, une fresque inspirée de celle de Sainte-Anne de Beaupré.

Cette toile s’étire en rotonde sur trois dimensions de 125 pieds par 16 de hauteur. Un peu de lumière suit le cadran solaire du lever au coucher du soleil. La nuit, toutes les lumières des fenêtres sont illuminées à l’aide de phosphore. Le bien connu annonceur de radio CHRC Roger Lebel prête sa voix sur un enregistrement secondée par une trame musicale appropriée. Les traversiers Roseline et le Duc d’Orléans se croisent sur le fleuve.

Succès monstre dès l’ouverture. Le curé Gédéon Duval se plaignait que Drouin attirait  plus de monde que lui à l’église ! Des journalistes affluent de partout. Il fallait répartir les tâches de plus en plus lourdes, car d’autres commandes devaient se remplir. C’est ainsi qu’un visiteur de Sherbrooke lui offre de déménager cette attraction à L’Abord-à-Plouffe (Chomedy,Laval) pour 3000$. Marché conclu. Plus tard, un incendie détruisit le Cyclorama. À Beauceville, la bâtisse devient le Restaurant L’Étoile Rouge.»

Aujourd’hui, la peinture et les arts en général font davantage partie du mode de vie. Salutations à ces poètes qui enjolivent et chantent notre quotidien. Et, comme l’écrivait le compositeur Robert Léger (Beau Dommage) :

« Dans notre société du paraître, les choses de l’esprit comptent peu, puisqu’elles sont invisibles.»


André Garant

Réf. : Beauceville, 1re Ville en Beauce, 1904-2004, ( Le temps envolé reprend sa place, André Garant)

          Entrevues personnelles entre 1985 et 1988