Arnold 1775


Source :Librairie du Congrès américain)



Source: Maine Memory Network

Arnold et le Québec américain en 1775?

 

Benedict Arnold naît le 14 janvier 1741 à Norwick au Connecticut. Auparavant, ses parents auront été parmi les pionniers du Rhode Island. Il étudie d’abord la Pharmacie avant de commercer sur son propre navire : États-Unis, Canada, Indes. D’après les rumeurs, il maquignonnera des chevaux avec la Province of Quebec. En 1767, il épouse Magaret Mansfield et établit résidence à New Haven au Connecticut.

 

La guerre de l’indépendance américaine sévit. Quant à eux, les Anglais régissent la Province of Quebec depuis 1774 par l’Acte de Québec, favorable aux Canadiens. Ainsi, les Britanniques veulent diviser pour régner. Mgr Briand, vendu aux Anglais, menace même les récalcitrants par des châtiments ecclésiastiques. Loyaliste, le seigneur de Sainte-Marie-de-Beauce, Gabriel-Elzéar Taschereau essaie de monter une milice vue la menace américaine appréhendée…sans trop de succès. Il faut comprendre que la Nouvelle-Beauce est habitée de colons qui ont fui la Côte de Beaupré vers 1759, d’Acadiens déracinés et de quelques Abénaquis ex-alliés de Français.  


Le pays de Sartigan (Nouvelle-Beauce) compte à peine 1200 habitants à cette époque. Les censitaires beaucerons adopteront  une neutralité intéressée…que les républicains américains et les royalistes anglais du Québec se battent les uns contre les autres ! La guerre de la Conquête vient à peine de se terminer.

 

George Washington, le général en chef des Américains somme alors le colonel Benedict Arnold et Montgomery d’envahir le Québec aux mains des Anglais depuis 1763.  Montgomerey fonce sur Montréal qui se rend.  Le 19 septembre 1775, Arnold quitte la région de Boston, à Newburyport avec 1100 soldats répartis en 2 bataillons de mousquetaires, 3 de carabiniers et des volontaires. Via la Kennebec et la Chaudière, le tracé effectué par John Montresor en 1761 laisse présager quinze jours de route jusqu’à Québec. Avec 200 frêles bateaux de 400 livres chacun, la longue marche se met en branle. Le médecin des troupes d’Arnold, Isaac Senter, laissera un précieux journal de ce périple.

 

Il prend onze jours pour atteindre la rivière Kennebec. Misère de ce début  d’automme 1775. Indiscipline, désertion et maladie. Portage, ravins, falaises, montagnes.Vers Bingham, le 4 octobre, on redoute quelque peu le chefs  Abénaquis  Natalis et son frère Sabatis. Enfin, aux environs du Lac Mégantic (Amméguntick), les troupes d’Arnold sont décimées à 674 soldats.  On divise les effectifs en deux afin de trouver l’embouchure de la rivière Chaudière. Le groupe du Capitaine Dearborn restera sept jours sans manger,  si ce n’est de feuilles d’arbres, de ragoûts de pantalons de peaux d’orignaux, de civets de chiens et une soupe avec un sac de barbier.

 

Quatre chaloupes se brisent à Spalding, probablement aux chutes de la rivière Stafford, au rapide de la Côte des Maheux du Saint-Martin d’aujourd’hui …25 mousquets, des documents divers et 30 000 livres englouties. Le 30 octobre 1775, après 180 milles parcourus, ces  Américains affamés arrivent à l’embouchure  de la Chaudière et de la petite rivière  appelée, vers 1665, Mesakkikkan (Méchatigan), devenue Mataka et rebaptisée rivière Famine sur les cartes de Gale et Duberger en 1795.  Mesakkikkan, en Abénaquis voudrait dire la rivière du Sault de la Chaudière, donc Rivière Chaudière à l’origine de Sartigan dit rivière ombreuse.

 

Quelques familles abénaquises et coureurs de bois se trouvent en campement dans ce site de la seigneurie Aubin-de-L’Isle, dans l’est de Saint-Georges. Pas d’affrontement, car trop épuisés. Arnold se ravitaille et paie son dû. La  Nouvelle-Beauce se voit offrir sa liberté, son indépendance. On prête oreille avec prudence. L’envahisseur américain  se remet en marche vers le nord. Les  Amérindiens surnommeront Arnold,  l’aigle noir.

 

Du 1er au 7 novembre novembre, il fait bivouaquer ses troupes  de  la Punaise de la Touffe-de-Pins au Portage ou Grand Sault de Saint-François-de-Beauce. Y  naîtra la légende des Rapides du Diable.  Le grand Satan y garderait le trésor de piécettes d’or d’Arnold ! Ce site sera fouillé à la fin du XIXe siècle pour son filon aurifère.

 

Le 8 novembre, Arnold installe ses quartiers généraux dans le manoir seigneurial des Taschereau de Sainte-Marie ; ses troupes couchent dans l’église et chez les habitants. Le  10 novembre, on retrouve environ 500 soldats confédérés à Lévis, bientôt aidés par 500 Canadiens et 500 soldats de Montgomery. Quatre jours plus tard, Arnold traverse à Québec qui peut compter sur 1126 hommes pour se défendre. Le 3 décembre 1775, les deux armées d’invasion américaine se retrouvent près de Neuville, tandis que les 3200 femmes, enfants et les 1600 Britanniques de Québec subissent leur 4e siège depuis  la fondation .

 

Le 31 décembre, un assaut des Américains voit le Bostonnais Montgomery  tué et Arnold  blessé. Le siège continue.  Le 17 janvier 1776, les rebelles ne compteraient plus que sur 400 soldats. Au 18 mars, on évalue à 1213 nouvelles recrues à l’armée d’Arnold. Quelques affrontements suivent. La Province de Québec sera-t-elle enfin américaine ? Le 14 février 1776, un  émissaire  d’Arnold est mandaté pour faire piller et vendre à l’encan bestiaux et biens du seigneur Taschereau à Sainte-Marie.

 

En mai 1776, des bateaux battant pavillons britanniques renforcent les troupes de Guy Carleton à Québec.  Les Américains se replient vers le Richelieu, Montréal et les États-Unis.  Le 4 juillet 1776, déclaration de l’indépendance américaine. Arnold sera nommé général  pour services rendus; il sera même en charge de West Point. De fourberie en politicaillerie, Arnold passera de républicain à loyaliste : Traître maquignon, crie-t-on.

 

En 1785, Arnold  se retrouve à St-John, Nouveau-Brunswick. Exil en Angleterre en 1792 où il meurt en 1801.

 

Auparavant, au Québec, Haldimand craint une autre  invasion via la Chaudière. Pour mâter ces Américains, il pourra dorénavant compter sur des mercenaires allemands. En octobre 1778, il fait construire une petite forteresse dite blockhaus à la sortie nord de Saint-François-de-Beauce. Une trentaine de soldats, soit du régiment d’Anhalt Zebst ou du prince Frederick, y casernent de 1780 au traité de Versailles de 1783.  Reconnaissance officielle de l’indépendance américaine. Non, la Nouvelle-Beauce ne sera pas la 14e colonie américaine ! Rendez-vous manqué.

 

D’autre part, le 3 juillet 1948, Camille Berberi et Florian Lapierre fondent l’Auberge Arnold, anciens bureaux forestiers de la Compagnie Breakey depuis 1920, à Saint-Georges-de-Beauce.L'hôtel ferme à l'automne 2009 et est reconverti en École de l'entrepreneurship beauceron.

 

André Garant

 

Sources :

-         Honorius Provost, Sainte-Marie de la Nouvelle-Beauce, 1970     

-      La Beauce et les Beaucerons, portraits d’une région,   collectif, 1737-1987

-      Histoire de Beauce-Etchemin-Amiante, collectif, 2003