Cimetières 1765...






Le calvaire fut béni en novembre 1914.

Photo: Jean-Nicol Dubé

Des rites de la mort

La mort, quel beau sujet pour traiter de la vie. De quelle manière traite-t-on nos aînés? Nos us et coutumes d’inhumation…À vol d’oiseau, notre histoire locale passe par nos cimetières. Au fil des ans, les barrières clôturant ces lieux tombent : la mort fait partie de la vie! On disait alors : il (elle) vient de passer, il a râlé son dernier souffle, il est parti pour le grand voyage, il a levé les feutres, il va manger les pissenlits par la racine, il a dévidé son dernier rouleau

 Il y a plus de 50 ans, l’ethnologue beaucevilloise Madeleine Doyon (1912-1978) enquête sur les us et coutumes de la mort de jadis.Voici, en vrac, un certain visage de la mort de jadis :

 

-         13 convives à table, un oiseau  s’assomme dans la vitre : une mort présagée

-         Un mort sur les planches le dimanche, qui suivra pendant la semaine?

-         Ne pas ouvrir un parapluie dans la maison, malheur!

-         Le 1er décès de l’année présage la catégorie de mortalité de l’année à venir

-         Rêver  qu’une personne est morte, mais si vivante, elle se mariera bientôt

 

Trois tintements de cloches, un homme, deux pour une femme et pas de glas pour un jeune de moins de 7 ans.

 

- Vers 1925, on voilait même les statues de la maison, lors d’un décès.

- Être sur les planches : on élevait des trétaux soutenant des planches et un drap blanc pendait jusqu’à terre. On mettait des sous noirs sur les paupières et…des chaudières vides sous ces planches…Certaines veillées des morts apprtaient prfois des saouleries peu catholiques!

- On raconte même des traversées épiques de la rivière Chaudière, en temps de débâcle, où le cercueil partait à la dérive sur l’eau.

- L’hiver, le charnier ou charnière se nommait chapelle des neiges.

- Parfois, on garde en souvenir une mèche de cheveux

 

Le défunt viendra peut-être nous tirer les orteils, voulant manifester par là une messe chantée, une prière.  À la douce mémoire des fidèles défunts . De profundis clamavi ad te, Domine (Des profondeurs, je crie vers Toi Seigneur).

 

Paraît-il que le croque-mort utilisait un croc ou crochet qui lui servait à tirer et traîner le mort enveloppé dans son suaire jusqu'à sa charrette qui l'emmenait à la fosse commune, révèlent certaines sources. Croquer les orteils pour s’assurer de la mort véritable?

Les cimetières de Beauceville

 Par exemple, en 1765, à Saint-François-de-Beauce, devenue Beauceville, un premier petit cimetière fut aménagé au confluent du ruisseau Bernard et de la rivière Chaudière, en zone inondable. De 1765 à 1767, on y fit 17 sépultures dont quelques-unes amérindiennes. Il y a plusieurs années, un cultivateur avouait que le socle de sa charrue semble piqué du nez dans ce petit terrain meuble…Jadis, au temps des missionnaires, l’hiver, les habitants isolés gardaient leurs défunts dans une tombe, à même la paille de la grange.

 En 1784, le site de la nouvelle chapelle se situe plus au centre de la seigneurie, avec un petit cimetière (de terre glaise) au sud-ouest, vers la Polyvalente Saint-François bâtie en 1960. En 1803, nouveau temple, au nord-est de l’église actuelle. Il sera agrandi en 1848. Les adultes sont enterrés sur le site de la Polyvalente Saint-François, bâtie en 1960. De 1832 à 1890, un espace est réservé pour les enfants près de l’église : et dans le lieu le plus aisé à égoutter pour enterrer le corps des petits enfants, séparément de ceux des adultes. Les 27 juin 1832, autorisation d’une chapelle des morts pour recevoir le corps des défunts avant de les entrer dans l’église.

Silence sur les faiseuses d’anges qui, selon la tradition orale des quêteux, expédiaient dans l’autre monde des bébés difformes à la naissance. Bébés exposés successivement à la chaleur de la bavette du poêle et à la froidure de la galerie…ou une grande aiguille enfoncée dans les fontanelles.

 En 1857, l’église actuelle voit le jour. En 1887, un petit enclos est réservré sous l’église pour la famille seigneuriale Chaussegros De Léry; 22 membres y seront inhumés. Le 1er mai 1893, la paroisse déplace son cimetière à quelques coins de rues. En effet, un collège et un couvent viennent se blottir à l’ombre du clocher. De plus, le hangar à grains, le hanger à voitures, la porcherie et la grange prennent de la place.

 Les fosses communes servent de bornes au terrain. Les enfants non baptisés occuperont un coin, les suicidés sont repoussés dans un coin non béni. Il y a 75 ans, à Saint-Georges-de-Beauce, une demie fosse semblable se vendait 2$ et l’autre moitié à une famille non parente. Pas embaumés, les cadavres enflaient et le sacristain strappait les cercueils. Souvenance des cercueils vitrés.

 Préalablement, en septembre 1894, on obtient le droit d’exhumation des corps de l’ancien cimetière, soit les ossements de ses père et mère, à 5$ du défunt. En 1902, le bedeau reçoit 50 cennes pour une fosse d’enfant l’été et 2$ l’hiver pour un adulte. La durée d’un deuil : 18 mois pour ses parents et demi-deuil de six mois….frère-sœur 12 mois et six mois demi-deuil…oncle-tante, six mois de demi-deuil, adolescent, 3 mois demi-deuil. Le demi-deuil fait place au blanc, mauve, lilas, gris. Le brassard en crêpe noir et le non maquillage étaient de mise.

 Le langage de la mort. Memento te. Stèles, épitaphes, croix de bois, de fer, de granit, de fonte. Opulence, dénuement. Allée centrale ou latérale. Selon Jacques Languirand, la mort n’est qu’un passage. Elle n’est que l’instrument de la conscience qui évolue à travers différentes incarnations jusqu’à la fin ultime : l’illumination, l’unité avec le cosmos.

 Enfin, la croyance populaire de jadis charrie de la presque poésie : Quand on voit des étoiles filantes, ce sont des âmes du purgatoire qui viennent d’être délivrées. En sortant du corps, l’âme se lave à même un petit plat d’eau laissé au chevet du moribond.

 L’urgence de VIVRE, comme disait l’humoriste Jean-Marc Parent.


                                                                                                              Entrée du cimetière. Faite par Arsène Gosselin.

 André Garant

-          Recherches personnelles

-          Synthèse de : Les rites de la mort dans la Beauce, Madeleine Doyon, journal of american folklore, 1954, vol.67, no 264