La première messe de Noël (1765)

La première messe de Noël à Saint-François-de-Beauce en 1765

En décembre 1926, le notaire beaucevillois Philippe Angers (1858-1935) signe, dans la revue Le Terroir, ce texte nostalgique sur les débuts de la première chapelle, à Saint-François-de-Beauce. Il n’est pas question ici des Relations des Jésuites où des descriptions détaillées garantissent la véracité des faits rapportés de visu. Comme les archives de Saint-de-François-de-Beauce sont peu bavardes sur la fête de Noël de jadis, le notaire Angers imagine plutôt…  

Cette chapelle Bernard est sise au confluent du ruisseau Bernard et de la rivière Chaudière, sur l’actuelle avenue Lambert nord-ouest à Beauceville. Angers écrit :

«…construite de bois, probablement couverte de chaume, basse de carré, fenêtres étroites, toit élevé et à pic, orné d’un clocheton surmonté du coq gaulois».

D’après les archives paroissiales, cette chapelle mesure 45 pieds de longueur sur 25 de largeur. Elle n’a pas de sacristie, ni de presbytère. Un petit cimetière avoisine ce lieu de culte ancestral. En 1766, la démographie montre 30 familles, en plus des Amérindiens. En 1765, sept baptêmes et une sépulture y sont recensés. De 1762 à 1766, le missionnaire officiel est le Frère Récollet Théodore alias Claude Loiseau (1730-1788).

Né en 1858, décédé en 1935, Angers utilise le style d’une autre époque. Par contre, la petite histoire se retrouve en partie dans son récit. Lisons Angers :

« En 1765, il n’y avait, tout au plus, que quinze censitaires dans la seigneurie Rigaud-Vaudreuil, et parmi ces fondateurs de la paroisse de Saint-François, se trouvaient : Zacharie Bolduc, Augustin Lessard, Charles Doyon, Jean Rodrigue, Joseph Fortin, Jean Bolduc, J.-B. Gatien, Joseph Roy, Joseph Poulin, Jean Bourque, Jos. Rancourt, François Quirion, Ignace Quirion et le jeune Joseph-René Bolduc. La plupart habitait le bas de la seigneurie, côté sud-ouest de la rivière.

Durant l’été 1765, aidés par les Abénaquis, qui habitaient les bords de la rivière Le Bras et les Îles de la Chaudière, ces quelques habitants érigèrent un temple au Seigneur, dans un des endroits les plus pittoresques de la Beauce, au confluent de la rivière Chaudière et du ruisseau Bernard.

Sur le site de la seconde chapelle dans la Beauce, s’élève aujourd’hui un orme superbe. Dans cet endroit, la vue s’étend au loin sur les immenses prairies du bas de la paroisse et sur les belles collines qui entourent les terres basses (les fonds) de la vallée. C’est un panorama d’une grande beauté.

D’après la tradition, la première messe de Noël en 1765, dans cette chapelle, (fut célébrée) par le Révérend Père Théodore, récollet-missionnaire de la Beauce.

Cette bâtisse n’avait que vingt-cinq pieds sur vingt-cinq, basse de carré, construite en bois rond avec toit couvert de chaume. Deux fenêtres, de quatre petits carreaux de vitre, laissaient pénétrer un peu de lumière.

Pas un seul clou n’avait été employé dans cette construction, dont la porte s’ouvrait sur des gonds d’érables.

Un vieux soc de charrue ou une marmite cassée, sur laquelle on frappait pour appeler les fidèles, servait de cloche.

À l’intérieur,  on voyait dans les murs, tous les joints des pièces calfeutrées de mousse et de déchet de lin, et au plafond l’envers du chaume. Quelques images à couleurs vives et des guirlandes faites de courants cueillis dans la forêt, étaient les seules décorations du nouveau temple élevé à la gloire du Roi des Rois, par les pionniers de Saint-François, à la foi aussi ferme que leur volonté.

L’autel n’était qu’une simple table de bois brut sur laquelle était placé un crucifix. Un trône de cèdre, bien écorcé et soutenu par de petites billes de bois rond, formait la Table Sainte.

Telle était la première chapelle de Saint-François, tout à fait semblable à celles qui furent construites à maints établissements de la province à cette époque.

Le 25 décembre de cette année 1765, tous les hardis colons et tous les fidèles se tenant à droite, les sauvages à gauche, tête nue, mais avec les capots de fourrure ou d’étoffe, silencieux, recueillis et impressionnés de la solennité des cérémonies liturgiques accomplies par le prêtre, ils priaient avec ferveur. Sur l’autel, les cierges leur paraissaient être des flambeaux divins et le missionnaire revêtu de ses habits bordés d’or comme un envoyé du ciel au milieu d’eux, pour rendre hommage à l’Enfant-Jésus.

Toute cette scène éclairée par trois lampes d’huile à brûler (corneilles) suspendues au-dessus de leur tête, qui brillaient dans cette demi-obscurité, leur rappelaient les étoiles des trois Rois mages.

Au milieu de ces cérémonies si poignantes par leur simplicité, et si grandes par la sublimité du Sacrifice du Christ sur l’autel, ces hardis défricheurs et coureurs des bois entendaient les anciens cantiques toujours nouveaux proclamant la naissance du fils du Roi du ciel et de la terre. Et la messe terminée, jetant un regard sur l’Enfant-Jésus reposant sur la paille dans une chétive crèche près de la Sainte Table, ils disaient à Dieu toute leur foi en Lui et toute leur adoration pour Lui.»

Sources :

Saint-François-de-Beauce, je me souviens...1985 (Beauceville, au temps jadis, pages 90-91, André Garant)
Le Terroir,
volume 7, no 8, 1926, page 386, Philippe Angers



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