Partis avant nous...au pays des ombres



Photo: Guy Roy

En 2006, Beauceville compte 6225  habitants et de 1765 à 2003, les différents cimetières de Beauceville ont reçu 12 532 Beaucevillois, Beaucevilloises à leur dernier repos. Ces pionniers, ces ancêtres, ces grands-parents, ces oncles, ces tantes, ces frères, ces sœurs, ces époux, ces épouses, ces fils, ces filles, ces amis (es) auront traverséde l’autre côté du miroir avant d’avoir connu la modernité de l’an 2009, vite dépassée…

Dès l’ouverture des registres de Saint-François-de-Beauce de 1765 à 1800, des pionniers de la première heure ne survivront pas assez  longtemps pour connaître un tant soit peu d’amélioration de leurs conditions de vie. Du missionnaire récollet Claude Loiseau (1762-1766) à Antoine Lamothe (1786-1810), on assistera aux sépultures du pionnier de Saint-François-de-Beauce, Guillaume Létourneau(1708-1765),del’Abénaquis Lisanoitte en 1785 (60 ans), suivi en 1786 de Marie-Agnès Sauvagesse en 1786 (76 ans), Marie-Louise Doyon 36 ans en 1790, en 1791 du jeune noyé de 11 ans Zacharie Bolduc, de Jean Busque 75 ans en 1794, de Charles-Amador Doyon 72 ans en 1794, en 1796 de l’enfant illégitime de11 mois Catherine, en 1798 Marie Lalague âgée de 70 ans, et en 1799 du capitaine de milice Jean Bolduc 68 ans.

Rares étaient les décès au grand âge, sauf : Pierre Cressac dit Toulouse, époux de Catherine Vincent, décédé en 1791 à 96 ans. En 1794, Marie Charron, épouse de Alexandre Blanchard, décède à 98 ans et un mois, sauf que, née en 1712 à l’Île d’Orléans, elle a tout juste 82 ans.

Le 19e siècle apportera son lot de commodités assurant un peu de bien-être. Cependant, la grande faucheuse, la mort, rôde toujours de 1800 à 1899 : Honorine Mathieu 1878, Auguste Bolduc 1882, Jean Duval 1888, Pierre Fortin 1897…En 1894, comme on déménage le cimetière du site de la  future Polyvalente Saint-François au site actuel, peu de pierres tombales perpétuent le témoignage de ces disparus. Un monument, une épitaphe à entretenir.

Ces Beaucevillois n’auront pas encore accès à une médecine efficace. Pas encore ou si peu de téléphonie et à peine l’arrivée, en dehors de la Beauce, du phénomène automobile. Les grandes nouveautés de Saint-François : la fièvre de l’or en 1846 à la rivière Gilbert,  le Bureau d’enregistrement de 1856, l’arrivée du train en 1886, les grosses écoles, soit le collège en 1894 et le couvent en 1897 et le pont de fer de 1899.

Au 20e siècle, de 1900 à 1999, la vie sera plus trépidante, plus rapide. Toutefois, beaucoup ne pourront se rendre au bout de leurs rêves : Archélas Asselin 1910, Alexandrine Bourque 1924, Anna Bernard 1947, Irène Quirion 1958, Camille Berberi 1964, Pierre Loubier 1966, Jos E. Cloutier 1970, Lucette Roy 1975, Nicole Garant 1977, Yvon Blais 1981, Alphonsine Bégin 1982, Claude Longchamps 1986, Aurore Fortin 1987, Gabriel Lajoie 1996, Jérôme Pelletier 2001…

Tous et toutes connaîtront-ils ces formes de modernisme : la télévision, les progrès de la médecine, le cellulaire, internet, la robotique, l’avancement dans le domaine automobile, l’assurance-hospitalisation et maladie, l’assurance-emploi, les plans de pension aux retraités, l’établissement et la hausse du salaire minimum, l’accessibilité aux études…plus de stress et de maladies modernes?

Les années 2000 nous rappellent de l’urgence de bien vivre. Inévitablement, le train pour le pays des ombres et de la lumière passera un jour à notre porte.

Souvenirs, respect et humilité devant ces témoins du passé.

Vivre.

 

André Garant

Source: Dossier personnel