Madeleine Doyon (1912-1978)













































 



 

« Le bonheur n’est-il pas d’avoir conscience du temps qu’on a, qu’on prend et qu’on perd. Une fois que nous en avons conscience, la vie prend toute sa valeur. »                                               Gilles Vignault

« Parmi les nombreuses activités auxquelles Madeleine Doyon s’est adonnée au cours de carrière, je crois bien que la recherche folklorique est celle qui a eu ses préférences. En tout cas, c'est avec ardeur et enthousiasme qu'elle a suivi les premiers cours de folklore et devint maître en cette discipline.

Secrétaire des Archives de Folklore dès leur fondation en1944, elle entreprit de nombreuses enquêtes auprès des vieilles gens aussi bien que des enfants à travers plusieurs régions de la province et même au delà, mais principalement dans sa Beauce natale.

Ses sujets de prédilection étaient les jeux et la danse, les coutumes se rapportant aux différents âges de la vie et aux fêtes calendaires, les costumes anciens, la technologie et les arts populaires. Sa bibliographie révèle qu’en certains de ces domaines elle innova et fit œuvre de pionnier. Et combien de richesses encore recèlent ses manuscrits, notes de cours et multiples carnets d’enquêtes, remplis de croquis et dessins de toutes sortes !

Pour l’intégrité de son œuvre et de sa renommée, il est éminemment souhaitable que ses archives conservent indivis le fonds Madeleine-Doyon et perpétuent l'insigne contribution de notre regrettée collègue à la connaissance du patrimoine traditionnel.

Luc Lacourcière (1910-1989) fondateur des Archives de folklore de l'Université Laval, février 1978.

Une présidente honoraire de prestige pour le centenaire de Beauceville!

D’après la suggestion de S. Louise Turmel, appuyée par H. Marcel Veilleux, on baptise la Bibliothèque de Beauceville « Madeleine-Doyon », ouverte le 30 mai et inaugurée le 12 novembre 1994. Certains se demandent qui elle est.

Cette femme de grand talent fut d’abord reconnue à l’extérieur de sa place natale.                                                                                    

Elle naît le 12 mai 1912 sur le bord de l’eau à Saint-François-Ouest. Elle est la benjamine de la famille de dix-sept enfants de Joseph Doyon à Sigefroid et de Joséphine Poulin à Joseph. Sœur d’Alonzo, du Père Dominicain Dominique(1902-1991), Gertrude, Napoléon, Charles, Marie-Jeanne, Joseph, Marie-Anne, Gérard, Luc… En 1955, elle épouse le juge Philippe Ferland “France” (1903-1987). Elle décède subitement à la Barbade le 12 janvier 1978 et repose au Cimetière Mount Hermon de Sillery.

En deux ans au lieu de quatre, elle obtient son diplôme supérieur de l’École Normale de Beauceville. Trois années d’études des langues italienne et allemande. Les médailles du lieutenant-gouverneur, du gouverneur général du Canada et du Prince de Galles, du Surintendant de l’Instruction publique du Québec lui sont décernées. Ses multiples enquêtes la mèneront partout au Québec, dans les Maritimes, en Ontario et au Manitoba. On ne peut résumer une vie si bien remplie :

- 1934-1937 : étude en philosophie, en médecine et en lettres à l’Université Laval.

- 1934-1944 : enseignement à l’École Jésus-Marie de Sillery et à l’Université Laval.

- 1939-1944 : secrétaire de l’association et du service social des Anciennes élèves de Sillery.

- 1939 : congrès international de “Pax Romana” à Washington.

- 1940 : fondation de trois cercles scientifiques de jeunes naturalistes à Sillery, sous la direction du Frère Marie-Victorin.

- 1944-1955 : secrétaire des Archives de Folklore et membre du comité de rédaction depuis 1946.

- 1945 : recherche sur le terrain dans 41 comtés du Québec.

- 1949-1950 : publiciste du comité des programmes de l’association des femmes diplômées des Universités.

- 1950-1954 : secrétaire du festival canadien d’art dramatique de l’Est du Québec.

- 1951 : congrès international d’anthropologie et d’ethnographie à Paris, cours à la Sorbonne en esthétique théâtrale.

- 1952: 1er congrès international d’histoire du costume à Venise, festival international de folklore à Péruse, Italie.

- 1951-1952 : L’éducation par les marionnettes (École de pédagogie, Lettres, Université Laval).

- 1954-1955 : membre du comité général d’organisation du 1er Carnaval de Québec, créatrice des costumes du Bal des revenants.

- 1956-1958 : présidente du comité des costumes historiques du 350e de la fondation de Québec.

- 1960-1961 : présidente du comité de fondation des “Ballets du Québec”. Secrétaire des études de maîtrise de la Faculté des Lettres de l’Université Laval.

- 1961: membre-conseil à la Société canadienne de musique folklorique.

- 1962: membre fondateur du Théâtre Lyrique de la Nouvelle-France, conseillère d’un film de l’Encyclopedia Britannica Films.


 AFEUL, fonds Luc Lacourcière P178/G1, 16

- 1963: congrès des sociétés savantes à Québec.

- 1964 : étude sur le terrain, Île-du-Prince-Édouard.

En 1965-1966, à l'Université Laval, qui est encore au Petit Séminaire de Québec, Madeleine Doyon donne les cours suivants: - Le costume et sa place dans la société canadienne 2- Les jeux traditionnels 3-Les coutumes folkloriques 4-Le théâtre populaire 5- Le folklore forestier

- 1967 : synthèse des “Arts populaires” dans Esquisses du Canada français, ACELF.

- 1968-1972 : membre de la Commission Gendron (langue française au Québec).

Elle écrit et publie beaucoup. Son fonds contient une vingtaine de manuscrits, 7900 fiches, 2300 dessins, 8800 feuilles de notes, 931 photos, 6 heures de bandes magnétiques, 6 bobines de films, 750 livres, etc. Clin d’œil :200 Jeux, jouets et divertissements de la Beauce, 1948, A.F. vol.3

La récolte de la gomme dans la Beauce, 1949, A.F., vol. 4

Dictons et remarques sur les sucres, 1949, A.F., vol. 4, Folk dances in Beauce County, 1950.

Rites de la mort en Beauce, 1954, J.A.F., vol. 67, no 264.

Carnavals et déguisements traditionnels en Beauce, P.U.L., 1972.

Rites de voisinage Beauce-Dorchester-Charlevoix, 1972.

Cartes postales de luxe du Québec, 1946.

Reconstitution de costumes folkloriques sur poupées.

Dessins à l’encre de Chine de modèles de costumes traditionnels.

Costumes traditionnels de travail et du dimanche de Saint-François-de-Beauce,selon les enquêtes de Madeleine Doyon

« Le jupon est sans doute la pièce la plus artistique du costume : tissé en laine rouge ou bleue avec des broderies aux couleurs contrastantes, on l’admire lorsqu’elle entre en danse. (…)

Le corsage est fermé par des épines de “cénelles” (aubépines), arbuste qu’on retrouve dans la région.(…) Il va sans dire qu’elle confectionnait elle-même ses souliers à l’aide de l’alène (poinçon pour percer le cuir), les sabots ne se portant que la semaine…», selon un extrait sur le costume traditionnel féminin de la Beauce vers 1872, tel que rapporté par l’artisane georgienne Bibiane Lessard Maheux. ( fille d’Alfred Lessard de Beauceville).

Aussi, Agathe Boucher-Dubreuil de Vallée-Jonction a consacré beaucoup de talent à la confection de poupées traditionnelles.

 Elle fait partie d’associations scientifiques et professionnelles prestigieuses. Par exemples :

American Folklore Society.

Association professionnelle des Artisans canadiens.

Association professionnelle des professeurs de Français des Universités canadiennes.

Membre recherchée de clubs sociaux, tels :

Alliance canadienne.

Altrusa Club Québec et International Inc.

Elle diffuse de plusieurs façons : cours, conférences, journaux régionaux et scientifiques, costumes de scènes, direction de thèses et de projets de recherches etc.

Collaboratrice de Mme Doyon-Ferland de 1967 à 1978, Andrée Paradis sera chargée de la mise en valeur du fonds Madeleine-Doyon, déposé au Centre d’études des langues, arts et traditions populaires (C.É.L.A.T.) de l’Université

Laval. En 1980, Mme Paradis publie des textes inédits et parfois déjà publiés :

Jeux, rythmes et divertissements traditionnels, 1980, Leméac.

En 1948, dans les Archives de Folklore de l’Université Laval (no 3, p. 159-207), Madame Doyon répertorie 200 jeux, jouets et divertissements beaucerons :

« Productions populaires, pétillantes de verve intarissable et sans cesse renouvelée, les jeux révèlent des trésors d’observation et de malice. Quelques-uns sont fort anciens. Ils nous relient à un lointain et mystérieux passé.»

Rappel de passe-temps de l’enfance : le paradis, la bauche, la course à la cuiller, la taque malade, la cachette, lumière rouge lumière verte, la canisse, le récit prom prom ou roxi progne progne, le sept, les osselets, le crachat,

la fronde, la balancine (escarpolette), les vesse-de-loup, les bulles de savon, les pâtés de sable, le sou mouillé, voir un mort, voir la lune, le téléphone, la chaise musicale, la main chaude, tirer au poignet, tirer au renard…

Qui se souvient du refrain du jeu des cloches ? Dos à dos, deux jeunes s’entrelacent les bras et battent la cadence : « Quand mon père était bedeau

Sonne les cloches et sonne les cloches

Quand mon père était bedeau Sonne les cloches et tombe sur le dos. »

Et la ritournelle du jeu des couleurs :

« - Qui est-ce qui frappe si fort ?

- C’est le diable avec son tisonnier de fer rouge.

- Qu’est-ce qu’il vient faire ?

- Il vient chercher des couleurs…»

Enfin, les petits gars de jadis ont peut-être acté le “matamore” au jeu du canif :

« On appuie la pointe d’un canif alternativement sur le coude, les épaules, le menton, le nez, le front,et enfin sur la tête; chaque fois, on imprime au manche du canif, que l'on tient avec l'index, un mouvement qui le fait tournoyer et piquer de la pointe dans le plancher. Le joueur le plus habile réussit à planter la pointe dans le plancher à peu près toujours au même endroit ".

Publications ultérieures de :

Coutumes et croyances au Canada français.

Le costume traditionnel.

Les costumes traditionnels:
 
- À gauche sur la photo
Madeleine Doyon (1912-1978) en costume traditionnel de la Beauce
 
- au centre: le costume de Charlevoix
 
- à droite: le costume de l'Île d'Orléans
 
Photo prise près de la Citadelle de Québec.

En 1987, dans le cadre du 250e anniversaire de la Beauce, dans la catégorie culture et artisanat, on décerne une décoration posthume à Mme Madeleine Doyon-Ferland. La candidature fut présentée par André Garant, suite à une de ses publications dans les journaux régionaux.

Madeleine Doyon était une travailleuse acharnée ; elle ne laissait rien au hasard, elle fouillait en profondeur. Cette Beaucevilloise était femme de tête, une chef de file québécoise !``

Les Archives AFEUL (Archives de folklore et d’ethnologie de l’Université Laval) sont le témoin de la richesse documentaire léguée par Mme Doyon :

Fonds Madeleine Doyon-Ferland, 20,47 m documents textuels et autres documents. - 1 vidéocassette (00-30-00). - 3 disques compacts (3h 10 min. 27s). - 1134 photographies. - 80 négatifs. - 1000 cartes postales. - 42 diapositives. - 100 images pieuses. - 59 reproductions d'oeuvres d'art. - 8 dessins. - 6 ferrotypes. - 4 daguerréotypes. - 1 lavis. - 100 croquis et calques. - 81 images sur microfilms. - 210 pièces textiles anciennes. -180 pièces reconstituées. - 23 objets figurés. - divers objets.

http://site.rdaq.qc.ca/cgi-bin/templates/body/Frontend/DetailsFonds.cfm?ID=1116&cnt=481&Organisme=Universit%E9%20Laval%20-%20AFEUL

L’inauguration de la Bibliothèque Madeleine-Doyon http://www.beauce.tv/index.asp?strj=3page=2&qstr=+beauceville&src=&ch=&qte=10&by=Titre&order=ASC&vID=447 (1994)

André Garant, historien

Sources: Historiques de Beauceville, 1985 et 2004

Photo costumes:
(André Garant, archives personnelles).

 


 

 

 

 

 

 

 

 




















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