LE TEMPS DES FÊTES 1908 À BEAUCEVILLE


Au début du 20e siècle, le Temps des Fêtes  ne fait pas encore la une du journal L’Éclaireur. En effet, la publicité à grande échelle débutera après la Seconde Guerre mondiale. En 1885, l’illustrateur américain Thomas Nast établit la résidence du Père Noël au Pôle Nord. Vers 1900, les décorations des maisons sont réduites à du papier de couleurs et aux guirlandes.

La coupe du sapin s’annonce comme une activité familiale joyeuse! Quant au sapin naturel, bien souvent il est monté en cachette des enfants le soir du 24 décembre. Le sapin prend une allure enneigée…de farine. Naturellement, Noël est alors une fête religieuse. En 1908, le 24 décembre au soir ou au matin du 25 décembre,  les résidents du cœur de la nouvelle petite ville de Beauceville et des arrondissements de Saint-François-Est et Ouest, de la Touffe de Pin, des rangs Fraser, Saint-Joseph, Saint-Charles,Saint-Louis, Bord-de-l’eau, de la Plée, des limites paroissiales de la Calway et autres s’entassent à l’église. Ces paroissiens empruntent le nouveau pont de fer inauguré en 1899. Pour confesser tout ce monde, le curé Louis-Zoël Lambert compte sur les vicaires J.O. Gosselin, J. Sévère Villeneuve et Joseph Houde. Ensuite, vite à la maison, le réveillon attend les ventres affamés. N’-t-on pas fait boucherie cet automne et cuisiner depuis un mois?

De tenaces traditions reviennent  avec la dernière semaine de l’année : la vente des bancs assure des places réservées à l’église, l’élection des marguilliers de la Fabrique, la quête de l’Enfant Jésus, faite par un prêtre, prend l’allure d’une visite paroissiale. Bien sûr, en 1908, la fameuse guignolée se déroule le 31 décembre. Bonjour le maître et la maîtresse et tous les gens de la maison…Bonne année, gros nez, à l’année prochaine, grosse bedaine…De veillées en veillées, les Beaucevillois se rendent jusqu’à la fête des Rois du 6 janvier : qui sera couronné roi ou reine? Cachée dans le gâteau, seule la fève dite bean le dévoilera. Dans ce temps-là, les jours suivants les Rois sonneront la cloche du retour à l’école.

Il y a cent ans, la  Beauce demeure une région agricole. En 1908, la ruralité beaucevilloise amène le voisinage, les contes et légendes, les veillées gaillardes, les gros repas. Ainsi, les fricots ou mangeailles gargantuesques se multiplient. Les étrennes ne sont alors distribuées que le 1er jour de l’année.

En 1908, il y a quatre ans que Beauceville est devenue la première Ville en Beauce. Aussi, de 1875 à 1930, elle est la métropole de la Beauce. En feuilletant le journal beaucevillois L’Éclaireur, la publicité occupe une place de choix. Quelques nouvelles nationales et internationales se frayent parfois une place. Naturellement, le va-et-vient du curé et des notables font l’objet de presque commérages : M. le curé revient de Québec, le docteur untel prend ses vacances dans Charlevoix…Mme Chose s’est blessée sur la ferme. Les annonces de tabac et de bière sont omniprésentes.

Plusieurs commerces et services de Québec sont présents dans les pages de cet hebdomadaire. La Cie Paquet (1850), J.B. Laliberté (1867) et Pollack (1906) attirent quelques privilégiés à Québec. La vente par catalogue bat son plein. À Beauceville, le magasin P.-F. Renault a sa cote de popularité. En vue de découvrir un certain visage du Beauceville de jadis, ouvrons le journal L’Éclaireur de novembre et décembre 1908 :

-      Librairie Miville-Dechêne : grande occasion pour le temps de Noël et le Jour de l’An…jolies cartes de fantaisie, parfums de toutes qualités, savons et articles de toilette.

-       Nos étrennes : Le temps des étrennes n’est pas encore passé pour nous. Nos lecteurs qui n’ont pas encore payé leur abonnement nous feraient un grand plaisir en nous envoyant un petit billet d’un dollar. Ça nous aiderait tant, si, en deux semaines nous en recevions 1000! La direction de L’Éclaireur.

-          Noël  Noël  Noël…C’est l’heureux temps où il faut oublier tous nos tracas et se réjouir honnêtement. Une table bien garnie fait naître les sourires et promet de bons moments. Nous avons acheté bonbons, chocolats, fruits, confiseries. Nous avons aussi les huitres à la douzaine et au cent. Novembre 1908, l’Épicerie Moderne de Beauceville, propriété d’Odilon Poulin, annonce : Épicerie de premier choix ainsi que farines et grains de toutes sortes. Spécialités : viandes, lard, bœuf, mouton, saucisse, etc. reçus tous les jours. Les commandes par la malle reçoivent une attention toute spéciale.

-       Eugène Ouellet, marchand général, Beauceville-Ouest : tissus pour matinées (58 sous), braids de fantaisie,  chapeaux en feutre (75 sous, 2$ et 3$). Moulins à laver 5$, horloges se remontant aux 8 heures pour 2$, réveils-matin 75 sous.

-       F.X. Lemieux et Cie, Beauceville-Est : marchands de cuir, fournitures pour cordonniers, manufacturiers de bottes sauvages. Gros et détail.

-        L’institutrice Joséphine Bisson a obtenu une gratification de 20$ du gouvernement provincial. Bravo.

-        Joseph Gros Poulin a vendu ses propriétés minières de la Calway à E.R. Dockett de Montréal pour la jolie somme de 5000$.

-        La page du cultivateur et le feuilleton Marcof le Malouin plaisent aux fidèles lecteurs du journal.

-        La Fonderie de Beauceville : engins, bouilloires, turbines, appareils de beurreries et fromageries, moulin à bardeau, moulins à lattes, arrache-pierre, bancs de scie ronde. Nous avons en mains des poêles à deux ponts et de cuisine, chaudrons, fourneaux de sucreries, éviers, portes de cheminées et fournaises. M. Painchaud en est l’habile mécanicien.

-        P.-F. Renault : capots en veau 12$,  capots en chien noir 22$ (50 pouces de longueur), capots en ours d’Australie vierge sans tache 38$, collets de chat 38$

-       P.-F.Renault : le plus immense choix de jouets et de cadeaux et de Noël et du Jour de l’An! Du jamais vu en Beauce. Poupées articulées, en pierre  et en kit (de 3 sous à 2$). Chevaux sur roulettes. Objets de fantaisies (boites à collets, à poignets et à cravates.


-      Docteur J.H. Desrochers : Gradué de l’Université Laval, Externe des hôpitaux de Lyon, élève des hôpitaux de Paris. Spécialités : chirurgie, maladies des femmes et des voies urinaires.

-       J.L.Trudeau, vétérinaire, Beauceville-Est.

-       Cyrille Doyon, le seul marchand-tailleur de Beauceville. Assortiment complet de tweed pour habit. Fourrure de toutes sortes et peaux de Creamer assorties. Coupe et confection garanties. J.A. Grenier, tailleur. En janvier 1909, M. Doyon annonce l’ouverture prochaine d’un gent’s  furniture : chaussures, bas, sous-vêtements, chemises, collets, cravates. Avant-gardiste, M. Doyon se réservera un quart de page dans le journal L’Éclaireur de Beauceville.

-        Express Quebec Central Railway: Saint-Georges 1h10 pm, Beauceville 1h40 pm, Saint-Joseph 2h30 pm, Beauce-Jonction  2h50 pm, Sherbrooke 8 h 40.

-        Georges Lemoine, gérant de la Banque Nationale de Beauceville.

-        Fruits verts importés : bananes de Jamaïque : 1.50$/ lb, citron de Palerme 3.50$ /lb,  oranges de Jamaïque ou de Californie 5$/ lb

 

Enfin, en 1931, Coca-Cola donne une allure moderne au bon vieux Père Noël. Vers 1955, la célébration religieuse de Noël passe encore par les trois messes de minuit consécutives (et facultatives…)…en latin et dos aux fidèles...Beauceville en prend bien note.

De nos jours, la tradition du cœur, c’est aussi les valeurs véhiculées : l’entraide, la générosité, le partage et l’esprit de famille. Rendre grâce en ce temps d’abondance  et de consommation à outrance. Il est sage de se rappeler que les impressions d’enfant fixent la couleur de l’âme.

Et si le coeur vous le dit... en avant la compagnie

André Garant

 



Source des peintures:Edmond-Joseph Massicotte,(1875-1929)

Une veillée d'autrefois,Edmond-Joseph Massicotte, 1915

Le retour de la messe de minuit, Edmond-Joseph Massicotte, 1919

La bénédiction du jour de l'An,  Edmond-Joseph Massicote, 1928

 

 


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