La légende des Rapides - du -Diable

                                                                                                                                                                      


































On désignait autrefois du nom de Portage ou Grand Rapide la partie de la rivière Chaudière qui coule à deux milles au sud-est de Beauceville. Aujourd’hui, on les appelle les Rapides du Diable, d’après une légende voulant que le trésor de l’armée américaine de Benedict Arnold y fut perdu en 1775, soigneusement conservé depuis par le diable lui-même. Jamais retrouvé.

Un de ces chercheurs de trésor s’appelait le vieux soldat. Il avait  servi à Oswégo, William-Henry, Carillon, et Montmorency avec Montcalm; il l’avait même vu tomber sur les Plaines d’Abraham le 13 septembre 1759.

Après la capitulation de Montréal aux mains des Anglais en 1760, il rentra chez lui sur la côte de Beaupré et court les bois pour ne pas fréquenter les Anglais.  Plus tard, il vient se réfugier à Saint-François-de-la-Nouvelle-Beauce, plus précisément chez son frère à la Touffe de Pins, près des Rapides.

Il parcourait toute la région, réparant horloges et fusils, fondant aussi les cuillères de plomb. Pendant de longues veillées, devant le feu de cheminée des habitants, on lui assurait qu’Arnold avait perdu un coffre rempli d’or et d’argent dans les Rapides. Le Diable en était le gardien incontesté! Pour s’en emparer, il fallait absolument avoir un Petit Albert, grimoire qui enseignait le moyen de faire apparaître Satan et faire un pacte avec lui.

Il se rendit donc à Québec chez les Ursulines réciter un De Profundis, sur la tombe de Montcalm. Amusés, de vieux amis lui procurèrent le fameux livre, une prétendue corde de pendu, une chandelle de suif de mouton en guise de chandelle de graisse de pendu, un couteau qui n’avait jamais servi, etc.  Une entrevue avec le Diable, peut-être ?

Par après, il vola une poule noire. Un vendredi 13, à la pleine lune, il se rendit en soirée entre les deux esturgeons , énormes rochers divisant le lit de la rivière en deux. Il se mit à faire le rituel obligatoire. Sur le coup des 11 heures, il saigna la poule noire, là où le trésor devait se trouver. Les nuages lourds de juillet s’amoncelèrent peu à peu. Les mots magiques à la bouche, il récita les invocations apprises. Tout à coup, de l’horizon, apparurent des lueurs qui éclairaient par instants tout le firmament. Des jets de lumière, plus prompts que la pensée, remplissaient la nuit de lueurs blafardes au milieu de bruits sourds et prolongés dans le lointain.

Il se mit à entonner ses conjurations d’une voix solennelle et grave :

« Moi , je te conjure, Satan, au nom du Grand Dieu vivant, Adonay, Jéhova, qui a  fait le ciel et la terre,  de m’apparaître sous une belle forme humaine, sans me faire peur.  Veni satanos, veni satanos … viens accomplir mes désirs et volontés, sans fourbe ni mensonge, sinon Saint Michel Archange invisible te foudroiera dans le plus profond des enfers ».

Minuit éclata, ébranlant les montagnes. Une boule de feu descendit des nues en serpentant le ciel. La terre s’ouvrit sous la boule enflammée, Satan en sortit et le trésor jaillit des entrailles de la terre. Comme tout bon Canadien-français de cette époque, le vieux soldat, prenant la trainée de feu dans le ciel pour un éclair, fit un signe de croix. Aussitôt, Satan et le coffre rempli d’or et d’argent disparurent… Notre vieux soldat tomba à la renverse. À demi-conscient, brûlé de mille piqûres de feu, il vit un immense globe de feu portant un démon tout noir le menaçant de sa fourche  pour le lancer dans les feux de l’enfer. Il voulut crier. Peine perdue, il perdit conscience, cloué au sol brûlant.

Le lendemain son frère le trouva. Dans le délire de sa fièvre, il balbutia les détails de sa descente aux enfers et mourut quelques jours plus après. Un signe de croix l’avait sauvé.

En réalité, un orage, le tonnerre, les éclairs, la pleine lune et … son imagination surexcitée avaient fait le reste.

Source :

Notaire Philippe Angers, Le Terroir, 1925synthèse d’André Garant )  .

http://www.ville.beauceville.qc.ca/photos/diaporapides.pps

Autres peurs du  Rapide du Diable

Noyades fréquentes sur ce site de replis glaciaire, naufrages aux Portes de l’enfer, ainsi baptisées par des Amérindiens.  Sorcières, fantômes, choses bizarres, boules de feu roulant sur la rivière la nuit …

Feu le Frère mariste de Beauceville, Wilfrid Poulin à Joseph à Jos à René, rappelait les dire de son père.

  «Une âme avait été exigée en échange du trésor. La personne amenée là aurait été Jean-Baptiste Bolduc, père de Marcelline, la 2e épouse de René Poulin.

 -Ton homme n’est pas bon , lui aurait hurlé Satan, en laissant retomber le coffre au trésor. 

Bolduc avait sur lui son scapulaire! Ce même Bolduc était l’homme du curé, qui lui avait fait traverser avec son cheval la rivière  marchante un soir d’hiver, car le curé allait porter le Bon Dieu  à un mourant. Ce Bolduc avait aussi fait traverser à travers bois, incognito, les lignes américaines à un évêque, compromis dans la révolution des patriotes de 1837».

D’autre part, le conseil de Ville de Beauceville a posé, aux Rapides du Diable, un panneau commémoratif  en l’honneur du Jésuite Gabriel Druillettes, précurseur, vers 1656, du développement du Corridor Chaudière-Kennebec.

Histoire des Rapides du Diable:


(2001, commentaires de André Garant)

 André Garant