La fièvre de l'or à Saint-François-de-Beauce






































































































 Le fameux bateau de St-Simon-les-Mines


De nos jours, le Camping La Roche d’or de Notre-Dame-des-Pins rappelle un épisode célèbre de l’économie beaucevilloise et beauceronne. En 1846, une jeune fille de vingt ans, Clothilde Dupuis dit Gilbert (1826-1901) fait toute une trouvaille. Son père, Léger Gilbert, l’a envoyée chercher un cheval et, en traversant la rivière Touffe de Pin (Gilbert), elle trouve une pépite d’or d’une valeur de 40$ d’époque, soit 2 onces et demie, 1066.63 grains ou 1/16 de livre. En 1848, Clothilde épouse Olivier Morin à Antoine.

Bientôt la seigneurie Rigaud-Vaudreuil sera le théàtre du premier gold fever au Canada, une cinquantaine d’années avant le gold rush du Klondike. On vient de  Boston, New York, France, Angleterre, des États-Unis.
 
En 1846, la famille seigneuriale Chaussegros de Léry se garde 25% de redevances perpétuelles sur les exploitations aurifères et l’État prélève 10% de l’or fondu. Rusés, des mineurs les déjouent en vendant l’or à l’état brut. Toutes ces chicanes engendrent de nombreux procès. Enfin, en 1854, la tenure seigneuriale est abolie. En 1847, les droits seigneuriaux perpétuels de la famille Chaussegros de Léry sont loués par The Chaudiere Mining Compny, première entreprise aurifère au Canada, une filiale de la Hudson Bay Company, dirigée par M. James Douglas. Cette première tentative d’exploitation industrielle n’aboutit pas.

La fièvre reprend dans la décennie 1860. En 1863, en huit semaines, avec de simples pelles et des plats, Féréol Poulin dit Trol, Joseph Poulin et Narcisse Rodrigue trouvent pour 7550 $ d’or. On camoufle ce petit trésor dans des tasses à thé, en vue de contourner les droits miniers que l’on trouve injustes.
 
La veine O’Farrell du Rapide du Diable appartient en majeure partie à un natif de Saint-François-de-Beauce, l’avocat Jean Blanchet de Québec. Les célèbres Poulin y ont ramassé, dans l'espace de deux heures, 12 onces d'or. Daté de 1884, l'affidavit suivant sera suffisant pour prouver la richesse de ce filon :

« Nous, soussignés, Joseph Poulin et Féréol Poulin, de la paroisse de Saint-François, cultivateurs, anciens mineurs, déclarons solennellement que nous avons recueilli à l'endroit appelé Rapide du Diable, sur une veine de quartz traversant la rivière Chaudière, ans l'espace de deux heures, douze onces d'or, que quelques uns des échantillons, trouvés solides dans la veine, pesaient une demi once, et nous faisons cette déclaration solennelle, la croyant consciencieusement vraie, et en vertu de l'acte passé dans la trente-septième année du règne de Sa Majesté, intitulé : Acte pour la suppression des serments volontaires et extra judiciaires.» En foi de quoi nous avons signé. Joseph Poulin. Féréol Poulin.

Assermenté devant moi, à Saint-François, Beauce, ce vingt-unième jour de décembre, mil huit cent quatre-vingt.  P.Bélanger, Juge de paix

En 1865, l’entreprise new-yorkaise De Léry Gold Mining Co. commence la première exploitation d’un filon d’or à Saint-François-de-Beauce. On creuse la veine O’Farrell des Rapides du Diable. Un moulin à broyer le quartz ou bocard et une maison des mines y sont levés. Cette tentative demeure éphémère. La mémoire orale rapporte qu’un débit clandestin dit barbotte est tenu à la Punaise. Beaucoup plus tard, en 1937, Édouard Lacroix (1889-1963) achète les droits miniers et le pouvoir d’eau des Rapides, site de la légende du Démon, gardien de l’or de Benedict Arnold.

Entre temps, la rivière Gilbert révèle de célèbres pépites : en 1866 Robert Kilgour 52 oz, (930$ d’époque), en 1866 Archibald  McDonald 46 oz  soit 6 pouces ¾ sur 2 pouces ¾  et en 1877 les frères C. et N. Boissonneau dit St-Onge 42 oz.

En 1881, le poète beaucevillois William Chapman (1850-1917) interroge Clothilde Gilbert et écrit un livre sur les mines d’or de la Beauce. Avant 1850, son père, George William Chapman (1818-1897) quitte Québec et vient s’installer à Saint-François comme  gardien de la paix aux mines d’or.

Les géologues Joseph Obalski, Robert J. Chalmers et William Edmond Logan, entre autres, transitent par la Beauce. De 1875 à 1930, Saint-François-de-Beauce accède au titre de métropole de la Beauce et devient, de1886 à 1907, le terminus ferroviaire du sud de la Beauce. Ainsi, Saint-François lève de grands hôtels sur la première avenue : Hamel devenu Lambert et Beau Rivage, Berberi dit Poulin. Vers Saint-Simon, même le rang Saint-Charles possède son Hôtel Poitevin. En 1831, Saint-François dénombre 2531 habitants et en 1881 on recense 4181 personnes.

En périphérie, on fouille les entrailles de la terre. À Saint-Georges : les rivières  Famine, du Loup avec Louis Gendreau, Chaudière et le ruisseau Cumberland sont prospectés. Une vingtaine de mineurs sont employés à 65 sous par jour par les frères St-Onge pour creuser une galerie de 165 pieds sous le ruisseau d’Ardoise. En 1895, un certain Hardman creuse une drift au centre du village de Saint-Georges, là où en 1937 on bâtit le bureau de poste, démoli peu après.

Pendant ce temps, le Yukon attire de téméraires Beaucerons. En 1902, Napoléon Bouthillette de Saint-François, Ferdinand Turcotte de Saint-Benoît-Labre et Guy Beaudoin jr de Saint-Évariste y sont assassinés.

L’activité minière se poursuit à Beauceville. Sur la rivière des Meules, 150 mètres de galerie sont pratiqués par Les Champs d’or Rigaud-Vaudreuil  qui opèrent un canon à eau branché sur le débit du Lac Fortin de Saint-Victor. Cette compagnie investit un million de dollars dans cette aventure éphémère.

Plus récemment, les esprits s’échauffent avec l’épisode aurifère de Saint-Simon-les-Mines. La Beauce Placer de Mr Boylen et Séraphin Bolduc (1896-1960) importent une  drague de l’Idaho, qui arrive en pièces détachées : 800 tonnes, 98 godets de 6 pieds cubes avec une capacité de 6000 verges cubes par jour. De 1959 à 1964, ce monstre est en opération sur un lac artificiel du rang Chaussegros.  En 1961, la quarantaine d’ouvriers extraient 4375 onces d’or et 64 onces d’argent. En 1979, de filous ferrailleurs volent le fer en catimini.

Il y a quelques années, on avançait que 50% de l’or trouvé en Beauce originait du lit de la rivière Gilbert qui faisait partie du territoire de Saint-François jusqu’en 1925. Certaines entreprises minières supposaient même un potentiel aurifère de 45 000 onces d’or. Encore et toujours, l’or attire les rêves les plus fous, car à chaque été, la Gilbert voit son lot de prospecteurs sasser ses eaux, son gravier.

L’or en Beauce, un Eldorado? Concrètement, pourquoi pas un circuit touristique, un kiosque de prospecteurs au site des Rapides du Diable? On pourrait y diffuser l’histoire seigneuriale, l’épopée aurifère, l’invasion de Benedict Arnold en 1775 et dépoussiérer l’histoire du fameux blockhaus de 1778, sis vers le Parc industriel de Beauceville?


On revit la ruée vers l’or en Beauce…du 5 au 10 juillet 2010, partis du mont Radar de Saint-Sylvestre, six jeunes aventuriers refont le périple vers la Beauce : Lynda Baril,  Normand Marceau, Donald Groleau, Jean Bergeron et Donald Dupuis. Non sélectionnés à l’émission La ruée vers l’or à TVA, ils recréent, pour l’aventure beauceronne,  les conditions de vie des années 1860.

Le 8 juillet, le groupe fait escale sur l’Île Ronde de Beauceville. Ils y sont accueillis par le Comité Culturel et Patrimonial de Beauceville. Ensuite, cap sur la rivière Gilbert de Notre-Dame-des-Pins.


Source:
 
André Garant, 28 avril 2012,
radio de Radio-Canada à Chicoutimi,
émission La fin de semaine est à 7 heures
 

André Garant

Source: Histoire de l'or en Beauce (non publiée, André Garant)

 

 

 

 

 
















































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